vendredi 10 octobre 2008

Couleurs



C'est difficile de choisir les meilleures couleurs! Wittgenstein a beaucoup réfléchi sur la question des couleurs, et Jean-Maurice Monnoyer avait à son tour réfléchi sur la question des couleurs chez Wittgenstein! Quand je serai rentrée à Paris, je relirai un peu au sujet de ces questions.
A mon avis, la couleur fait référence à une faculté très particulière de notre perception , et très difficile à expliquer, par exemple à un enfant. Quand on lui montre un éléphant rouge, comment lui faire comprendre qu'est-ce qui est rouge et qu'est-ce qui est un éléphant s'il n'a jamais auparavant appris à nommer ni l'un ni l'autre?

mercredi 8 octobre 2008

Conscience de la conscience


Pour revenir encore un peu sur l'excellent film Dans la peau de John Malkovich: Le problème de l'étude de la conscience comme objet scientifique est très bien illustré par la scène dans laquelle John Malkovich est plongé dans sa propre conscience et dès lors, le monde devient pour lui fait de Malkovich.


L'entreprise des neurosciences, (et je sais, je me répète) de vouloir isoler, expliquer la conscience comme un fait neutre bute sur la conscience du scientifique même. Peu importe qui veut analyser une conscience fait nécessairement face à sa propre conscience, à sa propre vision des choses. Sa conscience se dédouble en quelque sorte dans une autre conscience qu'il considère comme neutre, mais les deux consciences vivent et ce qu'elles perçoivent ne peut pas entrer dans un cadre d'analyse, la perception est trop riche, trop créatrice (comme le montrent d'ailleurs les études de Dennett lui-même sur la fovéa- la zone centrale où la vision est la plus précise- et la vision périphérique qui montre que nous inventons une grande partie de l'image que nous voyons, à ce sujet par exemple: Chris Frith, Making up the mind, How the brain creates our mental world.)

Encore une fois, nous faisons appel à Bergson pour nous sauver de cette aporie:

"En vain nous poussons le vivant dans tel ou tel de nos cadres. Tous les cadres craquent. Ils sont trop étroits, trop rigides surtout pour tout ce que nous voudrions y mettre. Notre raisonnement, si sûr de lui quand il circule à travers les choses inertes, se sent d'ailleurs mal à son aise sur ce nouveau terrain. On serait fort embarrassé pour citer une découverte biologique due au raisonnement pur. Et, le plus souvent, quand l'expérience a fini par nous montrer comment la vie s'y prend pour obtenir un certain résultat, nous trouvons que sa manière d'opérer est précisément celle à laquelle nous n'aurions jamais pensé".

Henri Bergson, L'évolution créatrice, Introduction, p. III., Ed. Félix Alcan, 1930.

Si nous mettons face à face le problème de la science qui isole et explique et la vie qui déborde notre faculté de comprendre, de penser et de percevoir de tous côtés, nous sommes devant un dilemme. La conscience est ce qui nous permet d'être dans le monde et d'avoir le monde en nous. Si nous prenons cette faculté comme objet, nous tombons forcément dans la démarche de Descartes. Et ceci explique aussi pourquoi les neurosciences sont si proches de Descartes et de la phénoménologie. Faire de la philosophie une science de la conscience, cela ne marche pas très bien sans mouvement, sans vie, sans pensée et sans dialectique. Car Dennett et ses amis oublient qu'il ne s'agit pas d'un théorème ou d'une propriété physique, mais d'un élément capital d'un organisme vivant. La conscience comme objet d'étude multiplie et dédouble le moi au lieu de le supprimer.

Entre les bornes


la conscience, encore


Encore une fois, je suis étonnée de lire ce que je lis quand je lis Daniel Dennett. C'est très difficile à expliquer. La conscience, dit-il est le cerveau, ou pour parler comme lui "the mind IS the brain".
Bon, j'ai déjà du mal avec cette idée, et Bergson dit bien que ce n'est pas possible parce que la nature a une économie; elle ne crée pas deux fois la même fonction. Le cerveau n'est pas égal à la conscience. Mais quand Dennett dit que l'on peut prendre la conscience comme objet de connaissance, donc l'étudier comme quelque chose qui serait extérieur à la conscience, je me dis toujours que c'est impossible parce que tout est dans le sytème de la conscience et que nous ne pouvons rien connaître sans la conscience. (Whitehead semble avoir le même problème en essayant d'approcher la nature telle quelle, sans conscience. Ou encore William James qui cherche l'expérience radicale.)
Pour étudier la conscience il faudrait la dépasser à mon avis mais tout en l'admettant, comme Hegel par la dialectique, ou Freud par le narcissisme qui est dépassé par la rencontre de l'autre et l'amour, ou Joyce dans le déploiement du Soi dans le monde, mais Dennett, je ne comprends pas, cela ressemble beaucoup trop à une entreprise cartésienne d'un ego absolu qui est partout et enferme le Moi dans son propre monde. c'est difficile.
Quelqu'un a-t-il des idées sur ces questions?

Réponse et autres choses

Oui, les entrelacs! Donc, nous avons deux faces, celle qui touche et celle qui est touchée qui sont en fait la même face, vue d'un angle différent et on revient à la question des points de vue. C'est ici encore plus fascinant parce que le point de vue change en lui-même tout en restant le même. Ceci rejoint la question de l'identité de la personne, changeante parce qu'elle varie d'un instant à l'autre tout en restant la même vue de l'intérieur, elle revient toujours sur soi comme dans un mouvement naturel. La limite entre ce qui est privé et ce qui est public devient floue, elle nous met dans la relation à l'autre comme dans un seuil! Nous sommes jetés dans un rapport toujours fluide. Un instant nous donnons à l'autre, en même temps nous nous retrouvons pour donner, et recevoir? On est peut-être plus heureux quand on n'essaie pas de se fixer sur un état mais en acceptant cet entre-deux comme une frontière qui coule. (le seuil)